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La détermination conceptuelle des genres musicaux sur internet, entre utilitarisme, blague et autodétermination

On essaye de voir à la volée comment les sous genres musicaux naissent sur l'internet. L'article s'attarde sur l'émergence des concepts de genre par l'utilitarisme, la blague et l'autodétermination.

Published onMay 30, 2021
La détermination conceptuelle des genres musicaux sur internet, entre utilitarisme, blague et autodétermination
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La détermination conceptuelle des genres musicaux naît de plusieurs facteurs qui proviennent des divers·e·s acteurices de la production, de la diffusion et de l’utilisation musicale. Avant le concours d’internet, ces genres étaient pour la plupart définis par les maisons de productions, les critiques et les groupes de fan.

Il est souvent difficile de retracer les origines conceptuelles des genres musicaux majeurs (c’est à dire les genres de ceux dont découlent les sous genres comme le jazz, le rock et le hip hop), cependant, il est possible, notamment pour les genres de l’après punk, de retrouver les origines de ces termes et de ces concepts via la conservation de fanzine.

Depuis la démocratisation d’internet et des services de mise en ligne audio pour des musicien·ne·s professionnel·le·s et amateurices, une nouvelle émergence des genres musicaux a vu le jour. Selon le bon vouloir des plateformes de mise en ligne, les utilisateurices peuvent être contraintes à devoir rentrer dans des genres préétablis ou bien peuvent avoir une liberté totale de création des genres. Les plateformes de streaming en ligne mainstream ne permettent pas de sortir de certaines cases classiques comme rock, soundtrack, jazz, pop -permettant cependant quelques précisions de sous genre concernant les musiques électroniques-, tout comme les sites de musiques libres commerciales, alors que des sites comme Bandcamp et Soundcloud permettent d’attribuer des tags libres d’écriture par les artistes elleux-mêmes.

Petite liste de genres que proposent les plateformes de streaming mainstream via Distrokid


Pour comprendre comment se forment ces nouveaux concepts de genre, nous allons voir succinctement comment se transforme des métagenres en genre par l’usage, comment les tags sur Bandcamp permettent, par la blague, de créer de véritables offres conceptuelles, et voir encore par les tags Bandcamp comment les artistes peuvent s’autodéterminer dans leurs propres nouveaux concepts de genre.

Le métagenre à genre à part entière par l’usage

Via les sites de Royalty Free Music comme Pond 5 ou Shutterstock Music ainsi que les sites de créations de musiques par algorithme (comme Soundraw, Boomy ou feu Jukedeck), une nouvelle classification des musiques est apparue. Cette nouvelle classification, que j’appelle métagenre, s’est régulièrement présentée sous ces termes : Corporate, Suspensful, Powerful, Uplifting, Cinematic, Emotional, Chill, Calm. Ces termes servent une classification des usages de la musique et n’est donc pas destiné à l’écoute mais à l’application pour une autre destination comme de la vidéo ou du podcast audio. Cette musique doit servir à combler un vide sonore.

Cependant, ces métagenres, par leur demande et leur popularité, ont fini par embrasser durablement des codes spécifiques et à finalement devenir des sous genres à part entière de certaines grandes catégories de genre :
-Cinematic se catégorise en musique dite classique avec un fort sentiment de puissance qui peut rappeler les compositions Zimmeriennes.
-Uplifting se catégorise en musique folk avec des instruments acoustiques privilégiés comme le ukulele, les claquements de doigts et les sifflements.
-Corporate se divise en deux voies :
1)la voie corporate électronique avec une musique proche des morceaux electro downtempo et minimaliste.
2)une voie rock avec des guitares à la Edge (guitariste du groupe U2 au style de guitare connu pour utiliser un délai très caractéristique) et des synthétiseurs avec des successions d’accords dites inspirantes.


Liste de sous genres sur Pond5 1


L’émergence par la blague

Le genre de la vaporwave, courant musical né sur internet au début des années 2010, a mis en évidence une chose : La dénomination du genre musical peut être une source de jeu conceptuel.

On part de quelques idées de base pour fabriquer un morceau Vaporwave :

-appropriation d’échantillons sonores issus des années 1970 à 2000

-ces échantillons sont pitchés et découpés (technique appelée Chop’n Screwed qui vient du turntablism des scènes Hip Hop des années 90)

De ces quelques idées vont alors émerger des concepts autour de “l’ambiance musicale”. Ecchojams, Utopian Virtual, Mallsoft, Future Funk, Post Internet, Late-Nite Lo-Fi, Vaportrap, Broken Transmission, Vapornoise, Hardvapour,2. Tous ces sous-genres ont pu générer une scène, physique et virtuelle avec une certaine cohérence autour de leur ambiance, des affects et des imageries qu’ils ramènent à l’auditeurice averti·e. Pourtant, si ces nombreux sous-genres sont déjà très spécifiques, la possibilité de créer librement des tags a aussi amené son lot de sous genre plus ou moins underground qu’il est possible de consulter sur des sites comme Soundcloud ou Bandcamp.

Des extensions de genre, par une certaine forme d’absurdité et d’incompréhension d’usage des termes, sont devenus des éléments de création de blagues de genres. “Post”, “Wave”, “Core”, “Anti”, “Proto”, “Gaze”, “Pop”, sont autant de préfixes et suffixes qu’il est possible de trouver dans des sous-genres humoristiques comme “vocaloidcore”, “post-post-post-post-vaporwave”, “dudecore”, “nopop”, “muzakcore” “anti-corporate”, “cringecore” “no-core”, “post-gaze”, “corecore”... Certains de ces sous genres sont tellement utilisés qu’on peut compter plus d’une centaine d’entrées sur Bandcamp comme “post-everything”, “post-whatever”, “post-wave”, “shitgaze”, “post-post”… Apparaissent même des symboles unicode comme “∆3“ ou “♥4“.

Tags visibles sur la page de l’album sf2: du groupe Sweatfuck5


De nouveaux concepts de genre par autodétermination

Par cette liberté d’écriture d’étiquette, chaque artiste est capable d’autodéterminer le genre de sa création et il n’est pas rare de trouver des confrontations conceptuels. Prenons l’exemple de la “Computer Folk”.

Page bandcamp du tag “Computer Folk”

Le tag Computer Folk6 ne comporte que deux entrées (le 27/05/2021) : terrapins7 de Dane Law et Keep It In / Keep It Out8 de Wizard Apprentice. La Computer Folk est décrit dans un split album de Wizard Apprentice et Julius Smack nommé Computer Folk (non taggé Computer Folk mais “Devotional” et “Los Angeles”) :

The name refers to their kindred sonic and aesthetic quality of performance and music. Opposed to high-production professionalism, Wizard Apprentice and Julius Smack share production methods that are deliberately layman using everyday tools like GarageBand and iPhone apps1.

La démarche de Wizard Apprentice est donc une approche de la production musicale opposée aux hauts standards de production de la musique mainstream. La Computer Folk se démarque donc des autres genres musicaux par une utilisation d’outils de production amateur et accessible à toustes (ici GarageBand et des applications iPhone).

Terrapins de Dane Law ne possède pas de descriptions de l’usage du terme “Computer Folk” dans ses tags, cette analyse est donc hypothétique. Le terme “Computer Folk” pourrait plutôt être une forme de référence à sa méthode de production sonore qui est d’utiliser un générateur de d’informations MIDI qui va être traduit par un instrument virtuel de guitare électrique avec un tremolo. Le son de la guitare rappelle celui des guitares folk et country, d’où l’usage du terme “folk”, et la génération procédurale des notes fait écho au terme “computer”.


Cette liberté permise par l’étiquette libre fait émerger de nouvelles idées conceptuelles afin d’aborder de nouvelles manières la création musicale. Trouver la définition d’un préfixe dans une certaine situation et l’attacher à un autre concept musical, transformer les usages des métagenres, HyperCorporate, Mermaidcore, CinematicFolk, Proto-Uplifting, ASMR Minecraft gaze… De belles promesses en perspective.



Pistes à suivre : Un site comme Lastfm serait aussi une belle source d’émergence de genres musicaux/tags par les utilisateurices/consommateurices de produits musicaux car il permet à toustes de pouvoir éditer les tags.



PS : Merci la team Paper Jam, vous êtes les best :pouceenl’air:

1 https://www.pond5.com/fr/royalty-free-music/

2 https://daily.bandcamp.com/lists/vaporwave-genres-list

3 https://bandcamp.com/tag/%E2%88%86

4 https://bandcamp.com/tag/%E2%99%A5

5 https://sweatfuck.bandcamp.com/album/sf2

6 https://bandcamp.com/tag/computer-folk

7 https://thedanelaw.bandcamp.com/album/terrapins

8 https://practicalrecords.bandcamp.com/album/keep-it-in-keep-it-out

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